LETTRE DU CADRE – L’Interco 56 en pointe pour promouvoir le bonheur au travail

« Le syndicat CFDT du Morbihan conduit depuis 5 ans une démarche volontariste pour lutter contre la souffrance au travail et développer le bonheur au sein des collectivités. »

morbihan_bonheur.travail-320x213Surpris ?

Et si c’est la lettre du Cadre qui le dit dans sa rubrique E=MC² (expertise, management, collectivités)

http://www.lettreducadre.fr/17420/linterco-56-en-pointe-pour-promouvoir-le-bonheur-au-travail/

Prôner le bonheur au travail. Telle est l’une des missions que s’est données le Syndicat CFDT Interco du Morbihan (56) qui défend les intérêts individuels et collectifs des 20 000 agents qui assurent les missions de service public local dans le département.

« Au sein des collectivités territoriales, nous sommes actuellement le premier syndicat avec 40 % des votes obtenus aux élections professionnelles de 2014. Nous comptons plus de 400 élus du personnel, 48 sections syndicales d’administration et plus d’un millier d’adhérents issus de toutes les catégories, explique Jacky Meslin, secrétaire général de l’Interco 56.

Nous comptons par exemple 10 % de cadres. Nos adhérents travaillent dans l’ensemble des secteurs professionnels (administratif, technique, culturel, animation, social…), dans les petites et les grandes collectivités ».

Une « alerte sociale et statutaire »

Afin de faire face à l’émergence des risques psychosociaux apparus il y a une dizaine d’années, le syndicat a d’abord organisé l’accompagnement des victimes. En 2013, il a mis au point une méthode permettant de faire reconnaître les souffrances psychologiques comme étant liées au travail.

« Dès 2014, nous avons été informés du suicide d’agents, mais rares étaient les familles osant demander une expertise. La carence de véritables dispositifs de prévention finissait d’étouffer la plupart des cas », déplore Marie-Noëlle Salaün, Chargée de mission à l’Interco 56.

« Ce fléau est toujours d’actualité. Il s’est même amplifié en toute impunité »

Fort de l’expérience du syndicat et de la confiance des agents « survivants », ce dernier lance en décembre 2016 une « alerte sociale et statutaire ». Objectif : dénoncer les dysfonctionnements et les illégalités constatés dans les collectivités et établissements publics du département. « Malgré un courrier de réponse des cabinets du président de la République et des ministres concernés, ce fléau est toujours d’actualité. Il s’est même amplifié en toute impunité. La violence institutionnelle à l’égard des agents publics a créé un climat de suspicion et de désengagement des professionnels » dénonce Jacky Meslin qui souligne qu’aucune étude d’impact n’a été réalisée malgré les incessantes réorganisations, fusions et autres transferts d’activités.

Une prise de conscience difficile

« Les instances de représentation du personnel (CT, CHSCT, CAP) n’ont plus accès à la réalité du terrain. Nous avons évalué que l’impact financier à moyen terme dépasserait les économies envisagées à court terme », souligne Marie-Noëlle Salaün qui précise que l’activité des commissions de réforme représente un indicateur pertinent pour mesurer cette violence.

« Nous sommes consternés de voir jusqu’où ce système est arrivé »

Autre indicateur : les sommes versées aux assurances couvrant les risques statutaires d’indisponibilité des agents. « Certains assureurs vont même jusqu’à proposer des interventions pour réduire le coût de l’absentéisme, contre rétribution évidemment. Nous sommes consternés de voir jusqu’où ce système est arrivé » poursuit la syndicaliste.

Malgré ces constatations, l’Interco 56 estime ne toujours pas parvenir à obtenir une prise de conscience de la part des employeurs. Il constate à l’inverse un enlisement de la situation empêchant toute solution d’émerger.

Des solutions positives et constructives

Selon Jacky Meslin, la diffusion sur Arte en 2015 du documentaire de Martin Meissonnier, « Le bonheur au travail », a toutefois changé la donne. « Des solutions positives et constructives semblaient donc possibles, y compris dans la fonction publique », rappelle-t-il.

Le syndicat décide alors d’organiser le premier Forum du bonheur au travail. La Fabrique Spinoza, le « think tank du bonheur citoyen » va alors soutenir l’Interco 56 et permettre la réussite de la (première) journée organisée le 3 novembre 2016.

« L’intérêt spontané d’agents pour notre démarche nous a encouragés à poursuivre dans ce sens. Un réseau nommé « Passeurs de bonheur au travail » a commencé à se constituer en Bretagne » explique Marie-Noëlle Salaün, devenue permanente syndicale à temps plein en avril 2017, avec pour mission de faire vivre la question de la qualité de vie au travail au sein du syndicat, en proposant des idées et en recensant les bonnes pratiques.

En juillet 2017, elle participe à la deuxième université du bonheur au travail. Dans la foulée, une première journée de travail est proposée, sur ce sujet, aux militants. La découverte de l’existence de l’application mobile « Our Company » (cf. encadré) qui permet de mesurer quotidiennement le niveau de stress, l’humeur et l’énergie des collaborateurs incite le syndicat à imaginer l’organisation d’une journée consacrée au thème de l’innovation sociétale dans la fonction publique.

L’application « Our Company »
OurCompagny est une application mobile qui donne aux salariés les moyens d’exprimer leur ressenti au travail, en participant à des sondages anonymes quotidiens ou via des feedbacks « ludiques ». L’application permet aussi de découvrir les entreprises où il fait bon travailler, grâce à la publication en temps réel de l’indice de bien-être au travail de plus 300 organisations. En parallèle, les managers peuvent accéder à un tableau de bord détaillé du climat de leur entreprise, et administrer leurs propres questions.

Des exemples inspirants

« Même si nous sommes conscients que nous n’en sommes qu’au début de la démarche, nous commençons à développer une véritable expertise, se réjouit Jacky Meslin. Nous avons réussi à prouver qu’il existe une relation forte entre le bien-être des Morbihannais et la qualité de vie au travail des agents publics. »

« Il est possible qu’État, collectivités, entrepreneurs, associations, habitants et syndicats travaillent main dans la main »

En 2018, le travail d’une universitaire spécialiste de psychologie du travail encourage le syndicat à passer des risques psychosociaux aux ressources psychosociales. Cette prise de conscience du nécessaire bien-être au travail s’amplifie à mesure que le syndicat commence à s’inspirer d’exemples comme celui d’Alenvi (start-up sociale qui réhumanise l’aide à domicile) ou de Nov’ita (territoire zéro chômeur longue durée) portée par une habitante d’un quartier prioritaire de la Politique de la ville de Vannes. « Ces exemples nous ont montré qu’il était possible de travailler ensemble main dans la main, entre l’État, les collectivités territoriales, les entrepreneurs, les associations, habitants et les syndicats » se réjouit Jacky Meslin qui revendique la création d’une instance de dialogue social.

Des États généraux du service public

Début 2019, Interco 56 sollicitera les collectivités volontaires pour que s’ouvrent des États généraux du service public. « Nous ne prétendons pas détenir toutes les solutions mais nous souhaitons apporter notre contribution et notre énergie dans l’intérêt de la population et des collègues que nous représentons. Les solutions émergeront grâce à un travail d’équipe, de réseau, mais avant tout de bonne volonté et de sincérité d’engagement », poursuit-il.

 

Eric Delon

journaliste Management, Formateur et enseignant en Journalisme

© – La lettre du Cadre – novembre 2018

Anne laure Kervella